Le sixième sens

Article cité :

 

« Allégories et symboles de l’âme et de l’amour du beau. Essai sur l’iconographie des tapisseries à sujets allégoriques à la fin du Moyen Âge : la tapisserie de Persée et la tapisserie des dames à la licorne »

 

Jean-Pierre Jourdan « Allégories et symboles de l’âme et de l’amour du beau. », Le Moyen Age 3/2001 (Tome CVII), p. 455-480.
URL : www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2001-3-page-455.htm.
DOI : 10.3917/rma.073.0455.

 

Les tapisseries des dames à la Licorne


 

Cette tenture composée de six tapisseries peut être considérée comme complète. La richesse symbolique du décor amoureux en exalte la dimension mystique. Chaque élément du décor végétal, animal et allégorique tisse cette théologie de l’Amour et des sens[38] .

 

La tapisserie des dames à la licorne offre plus qu’une parenté de style avec la tapisserie de Persée. Tout en affinité de signes et de symboles, elle participe en effet du même courant de pensée mystique, orienté vers l’amour du beau, dont elle illustre les principes cognitifs. La place importante accordée au toucher dans la représentation de chacun des sens, doit possiblement à la doctrine aristotélicienne. Condition nécessaire et suffisante de la sensitivité, le toucher est selon le De anima, à la base de notre connaissance, il partage avec le goût, le même sensorium, de même le goût, avec l’odorat[39] .

 

L’influence du De anima se reconnaît encore dans la théorie du sixième sens.

 

Au dessus des cinq sens, il existe selon Aristote, un «sens commun », dans lequel se trouvent compris tous nos sens particuliers. Ce sensorium commune où réside le principe de toute vie sensitive, est le «cœur »[40] .

Fondement métaphysique de la connaissance des facultés de l’âme, cette théorie des sens fut reprise et commentée dans la suite de saint Thomas d’Aquin, par les théologiens mystiques, pour qui le «cœur » devient la source de l’amour du bien absolu. Mais à la différence de l’entendement essentiellement intelligible, ce « cœur» incorporé reste une faculté sensitive et comme tel, soumis à l’erreur. La littérature morale et didactique contribua largement à répandre cette catéchèse des sens en l’illustrant par l’exemple et par l’allégorie. Les « bestiaires d’amour» y tiennent une large place ; l’objet en est notamment de montrer que l’âme agit librement et que l’assentiment de la volonté chez l’homme, n’est jamais forcé comme chez l’animal par le désir naturel, mais incliné au bien par un désir délibératif[41]

 

L’entendement[42]


La tapisserie de «l’entendement» montre à l’âme la voie du salut. Asservie par le corps, dispersée dans les sens, l’âme divisée, est incapable de certitudes. Les sens sont pour elle, une source constante d’erreurs, car ils n’atteignent que ce qui devient toujours, sans être jamais. Seul l’entendement atteint véritablement ce qui est.

 

La remontée de l’âme dans le monde intelligible s’opère par le dépouillement. Ce dévêtissement qui est aussi celui de l’âme prépare à cet état de renoncement qui simplifie et unifie l’âme en l’affranchissant de tout attachement sensible et corporel et conduit à la vie véritable. Recueillie sur elle même, seule, face au Solitaire dans un rapport parfait d’unité, l’âme remonte à la cause première d’où elle procède.

 

Ainsi se comprend la devise A/ MON SEUL DESIR /I’ (: A Premier:)

 

La lettre première (A) et le nombre premier (I’) forment le chiffre du Dieu ineffable, Premier et principe de toutes choses. Ce chiffre ajouté à la devise énonce encore l’Unicité du désir essentiel à quoi répond l’unité de l’Être, transcendant aux nombres. L’Être Un et Premier absolu, est l’unique objet de la connaissance[43] .

 

La connaissance de cet Être engendre Désir et Amour. Désir, qui suscite l’âme à s’unir et se confondre en lui, en sa plénitude de puissance est le mobile d’Amour ; il le précède et prend fin en lui. Le « seul Désir» est désir d’amour en Dieu, absolument simple et unique. En contemplant l’Intelligible, l’âme s’unit à lui.

 

Ce désir essentiel, délibératif, qui est une préférence du vouloir, inclinée au bien, s’approche du libre arbitre. Cependant ces deux notions ne se recouvrent pas exactement. En effet si l’exercice du libre arbitre exclut a priori le secours de la Grâce pour se porter au bien, le désir ne l’exclut pas[44].

 

La vue et « l’oeil de l’âme»[45]


 

Absorbée dans la contemplation de l’Intelligible, l’âme détient en elle une ressemblance, comme une image dont le miroir porte le reflet. La vue contemple l’Un. La tapisserie de la vue figure pour nous cette vertu contemplative, l’intériorité du regard rempli de lumière intelligible. La dame de la vue ne se regarde pas, mais reflète la licorne. Son étrange impassibilité résulte du fait que l’âme devient semblable à ce qu’elle contemple et qui par nature est impassible.

 

À la fois sensible et intellective, la vue est au commencement de l’amour. La vérité intelligible est vue; l’entendement est comme un œil, qui ne voit rien par soi, mais reçoit sa lumière de Dieu.

S’il est ainsi possible de « voir» cette lumière intelligible, il est aussi possible de se voir devenu cette lumière même. Mais il est aussi aisé de s’aveugler et de prendre l’ombre pour la lumière[46].

 

La vue et le « cœur» qui est amour et courage, sont ainsi souvent en débat. La vue frappant le cœur peut par un faux rapport d’amour, le tromper, le cœur peut aussi être un leurre et montrer un faux «corage »[47].

 

La leçon est constante, la vérité n’est pas dans le monde sensible; celui-ci n’est que vanité et cause d’erreurs pour les sens. Si la dame au pavillon suggère par le dépouillement de ses parures, le renoncement aux vanités du monde[48], la dame au papegai, dans son jardin de roses, en rappelle la fragilité d’apparence. Cette lecture qui est celle des traités moraux et didactiques rejoint dans la tradition allégorique, l’enseignement du «jardin de nature » lequel segnefie le monde […] ja soit ce qu’il soit beaux et plain de moult de choses plaisans et delitables, non mie seulement a la veue maiz a tous les sens aultres neantmoins sy sont ce choses qui touttes sont muables, transitoires et vaines et qui point ne demeurent en leur beaulté[49] .

 

Ainsi pour s’élever du corps à l’esprit, l’âme doit travailler à se détacher des choses visibles pour ne s’attacher qu’aux invisibles[50].

 

Elle peut y parvenir par le recours à ses facultés rationnelle, imaginative et intellective.

 

  • Par la raison, l’âme apprend à discerner dans l’apparence, le vrai du faux, le bien du mal. L’aptitude de la raison à juger est renforcée par l’aptitude de la volonté à choisir le bien.
  • Par l’imagination, l’âme apprend à regarder en elle-même, sans regarder les objets extérieurs. L’imagination en effet, n’a pas besoin de la présence réelle des objets dont elle suppose seulement les impressions. Véritable miroir, elle en réfléchit seulement les images.
  • Par la fonction intellective, l’âme abandonne tout à fait la matière pour s’élever aux raisons incorporelles et éternelles.

Les sens du geste


Singulièrement distancée des sens qu’elle figure, la gestuelle des « dames à la licorne» semble témoigner de ces conceptions philosophiques. Ainsi dans la tapisserie de la vue, de l’odorat, du goût, la dame parait détachée de la matérialité du sens ; elle ne regarde, ni ne sent, ni ne goûte, abandonnant au singe la réalité du geste. Figure dégradée de l’homme, le singe seul illustre les sens inférieurs (odorat, goût et toucher)[51] .

Enchaîné parmi d’autres animaux eux-mêmes captifs, le singe du toucher rappelle que ce sens qui porte le plus à l’intempérance et à l’excès, est de ce fait le plus chargé de chaînes.

 

Sens élémentaire et « universel de l’âme», le toucher se retrouve en chaque faculté sensitive. Solidement affirmée par la double saisie du tangible de la bannière et de l’intangible de la licorne, la dame du toucher matérialise possiblement l’amour humain, face à l’entendement et à l’amour de Dieu[52] .

 

Tout aussi singulière en apparence, la dame du goût, tient un oiseau auquel elle présente des friandises[53] .

 

D’un plumage vert, colleté de rouge, le papegai est par excellence l’oiseau de paradis[54].

 

Doué de la parole, c’est un confident discret, un messager d’amour. Aussi l’oiseau se doit d’être chaste de langage et bien endoctriné, ce à quoi, semble-t-il, s’applique la dame du goût, sens qu’il conviendrait plus justement de nommer, selon la tradition didactique, bouche (goût et parole).

 

Le geste de la dame de l’odorat garnissant un chapel d’œillets, indifférente semble-t-il à sa fragrance, peut également surprendre. À juste titre a-t-on pu reconnaître dans ce geste une symbolique d’alliance[55] , mais l’union célébrée ici n’est pas celle du commanditaire, mais plus vraisemblablement, celle de l’âme à Dieu ; union mystique qui justifie le «désir» de l’âme épousée, purement unie à Dieu.

 

Cette communion de l’âme à l’unisson de Dieu, s’exprime possiblement par l’harmonie des sons, que figure pour nous, la dame à l’orgue. Effusion et fusion de l’âme épanchée par le chant à quoi renvoie l’image de l’orgue servie d’amour ou de mémoire[56] . Par les lois de l’harmonie, l’âme entre dans la concorde divine.

 

La théologie de l’amour et des sens, au cœur de laquelle se trouve posée la question du libre arbitre et du secours de la Grâce, prend dans le débat théologique, à l’aube de la Renaissance, des résonances nouvelles. L’âme peut-elle connaître Dieu et se connaître, sans l’aide des sens extérieurs ? L’entendement peut-il atteindre son objet, sans recourir à la raison[57]?

 

La raison peut-elle se dégager des sens sans le secours de la grâce ? La nécessité de la grâce intérieure pour incliner l’homme au bien, détruit-elle le libre arbitre ? La théologie du sixième sens renouvelait un débat que la théologie scolastique n’abordait plus que dans les sermonnaires et annonçait par sa mystique, une nouvelle conception de l’amour et de la beauté, dont Heroët et Maurice Scève s’inspireront.

 

Il est assurément difficile de connaître la part respective des doctrines et par quels cheminements elles influèrent sur la genèse des œuvres, la pensée religieuse ou philosophique pouvant d’ailleurs être détachée de celle de l’art[58] .

 

De même, il nous est impossible de connaître la part d’adhésion à la doctrine, celle de l’effet de mode ou d’imitation sociale[59].

 

Cependant, l’amour du Beau, celui du secret et du sacré est ici plus qu’une simple curiosité de l’esprit, il est, nous semble-t-il, une attitude. Pour la pensée humaniste reprenant Aristote, « l’amour des mythes est une forme de philosophie».

 

Guidée par la raison éclairée par la foi, cette philosophie de l’âme sensitive et intelligible qui prend ses fondements dans le platonisme et l’aristotélisme fut débattue tout au long du Moyen Âge. Commentée par la Gnose, interprétée par le mysticisme théologique d’Hugues et de Richard de Saint-Victor, par saint Bonaventure, elle aboutit chez Jean Gerson et Thomas de Kempen à un amour unitif, immédiat et extatique, lui même fort proche de la conception ficiniennne de l’amour du beau.

 

C’est ainsi que tout récemment, dans une courte brochure consacrée à « la dame à la licorne », J.P. Boudet a pu soutenir l’hypothèse d’une origine gersonnienne de la tenture[60].

 

Tout en souscrivant à la conclusion de notre article paru dans le Journal des Savants, selon laquelle la sixième tapisserie de cette tenture est une représentation allégorique du sixième sens, l’auteur en a recherché la source dans les sermons de Jean Gerson, ainsi que dans une moralité du « cœur et des cinq sens » composée entre 1377 et 1383[61].

 

Si les trois sermons de l’Avent, donnés en décembre 1402, bien qu’antérieurs de près d’un siècle à la période qui nous occupe, ont pu préparer les esprits à la théologie du sixième sens, en revanche, il paraît difficile d’admettre qu’ils en constituent la source[62].

 

Pour Jean Gerson en effet, le cœur, incorporé, reste une faculté sensitive qui doit être disciplinée par l’Entendement. La moralité du « cœur et des cinq sens» à laquelle se réfère J.P. Boudet, montre l’écueil de cette tradition. Accusé de dissiper les cinq sens, Cuer qui se plaint à son tour d’être contraint par eux comme garsons est tancé par Raison car tres faintis et tres volage / A tout mal pensez et toute ordure/.

 

Les exemples apportés par J.P. Boudet dans la suite de sa démonstration, peuvent encore plus difficilement être tenus pour preuves de l’influence de la conception gersonienne du cœur et des cinq sens. En effet, si la requête qu’adresse François Villon a messeigneurs de Parlementdébute par une énumération des cinq sens, bientôt suivie du cœur, elle se complète aussi des dents, du foie, des poumons, de la rate et de tout son corps, plus vil qu’ours ne pourceau. De même le poème de 1501, adressé par Olivier de La Marche à Éléonore d’Autriche, nomme dans l’ordre des sens: les yeux, les oreilles, la bouche, les pieds et les mains faictes pour aux povres donneret le cœur sens cinquiesme que Dieu nous donne et baille, oubliant au passage l’odorat[63].

 

Sans véritable objet que de plaire, cette conception des sens pour le moins incertaine, nous éloigne de leur représentation dans la tenture dite des dames à la licorne. Mêlée d’influences morales, didactiques, religieuses, philosophiques, la représentation des sens témoigne d’une préoccupation théologique d’une plus haute spiritualité[64].

 

Le choix raisonné des symboles, des modèles allégoriques, leur gestuelle, doivent nous interroger non seulement sur le commanditaire de cette tenture, mais encore sur celui ou ceux qui l’ont pensée.

 


[ 38] Le décor floral figuré en fond de tapisserie évoque le «Champfleury» ou Amour et sa suite accueillent les amants et les aimants de Dieu, cf. F. GODEFROY, Dictionnaire de l’ancienne langue française, t. 9, Paris, 1898, p.629 a-b, « Champ flori». La quête des sens trouve de nombreuses illustrations dans la tradition didactique; on nous permettra ici de renvoyer à notre étude parue dans le Journal des Savants, 1996, p.137-160, Le sixième sens et la théologie de l’amour, essai d’iconographie sur les tapisseries à sujets amoureux à la fin du Moyen Âge.


 

[ 39] ARISTOTE, De l’âme, éd. et tr. J. TRICOT, Paris, 1934, réed. 1995, p. 81-84 et 95-139. Cette conception est généralement admise par les néo-platoniciens; ainsi pour Ficin, « le goût n’est autre chose qu’un toucher de la langue», Théologie platonicienne de l’immortalité des âmes, t. 2, p.60. Tout en affirmant le primat de l’entendement, Ficin, loin d’ignorer le sens du toucher, reconnaît (avec Aristote) que le toucher est «le sens universel de l’âme » et «qu’aucun animal n’est supérieur (à l’homme) par le goût et le toucher », ibid. et p. 263.


 

[ 40] De anima, p.145-162.


 

[ 41] Aristotéliciens et néo-platoniciens s’inscrivent dans cette tradition didactique ; ainsi pour Ficin, « le moyen principal de découvrir la liberté de notre âme est de considérer comment se meuvent les âmes des bêtes», Théologie platonicienne de l’immortalité des âmes, t. 2, p. 20.


 

[ 42] Pl. 2. Sixième tapisserie formant la suite des sens des dames à la licorne, PARIS, Musée national du Moyen Âge, Hôtel de Cluny. Sur les autres « sens » de cette tapisserie, on nous permettra de renvoyer à JOURDAN, Op. cit. et rappel bibliographique, F. JOUBERT, La tapisserie médiévale au musée de Cluny, Paris, 1988, p. 66-84.


 

[ 43] Ce chiffre est aussi celui de tous les commencements; cf. devise figurant en bordure du f° 1 du ms. 159 (Cambridge) A PRIMER, -AMON. PROMIE. COMMENCEMEN. SOIT. DIEV. LE.PERE. TOV. PVISSEM.AMEN., ms. ayant probablement appartenu à Claude de France, et devise A MON PREMIER figurant sur le f° 1 du B.N.F., ms. fr. 2230.


 

[ 44] Ainsi la devise du libre arbitre (liberum arbitrium) figurant sur la tapisserie d’Érard de la Marck, « los sentidos» a pu être rapprochée de celle du « seul désir»: voir J.K. STEPPE et G. DELMARCEL, Les tapisseries du cardinal Érard de la Marck, prince évêque de Liège, Revue de l’Art, t. 25, 1974, p. 43-44. Cette tenture composée de six pièces fut achetée par Mencia de Mendoza, en 1539, lors de la succession du cardinal, prince-évêque de Liège.


 

[ 45] Pl. 3. La primauté de la vue fut longuement débattue dans la tradition didactique, voir JOURDAN, Op. cit. supra n. 38. Pour les néo-platoniciens, ce sens est le premier, car Dieu est lumière ; « Tout amour commence par la vue; mais l’amour du contemplatif monte de la vue à l’intelligence. » MARSILE FICIN, Sur le Banquet de Platon, p.212, cf. PLOTIN, Ennéades, éd. É. BRÉHIER, Paris, 1924-1938, nlle éd. J. LAURENT, Saint Amand-Montrond, 1997, p. 145.


 

[ 46] Telle est peut être la leçon de la tapisserie de Narcisse, conservée au Museum of Fine Arts de Boston; notice E.SIPLE, French gothic tapestries of about 1500, Burlington Magazine, t. 53, 1928, p.145-146.


 

[ 47] On pourra se reporter, parmi les nombreuses œuvres illustrant ce débat au Débat du Cœur et de l’Œil, de MICHAULT TAILLEVENT, éd. R. DESCHAUX, Genève, 1975, p.192-226.


 

[ 48] Cf. l’Imitation de Jésus Christ: « car celui qui trouve Jésus trouve un trésor précieux ou plus encore, un bien au dessus de tous les biens», éd. et trad. F. HENRION, Tours, 1933, p. 114. Dans une même lecture, l’enveloppe de la tente évoque possiblement le caractère transitoire de ce monde, id., p. 81.


 

[ 49] Le livre des eschez amoureux moralisés, p.437, f° 164.


 

[ 50] Pour y parvenir l’âme est conseillée et servie, selon les traités moraux, par mémoire, raison, conscience… voir notamment Le dit d’« entendement», B.N.F., ms. fr. 1708, f° 21 v°-23v° ; Le devis d’« entendement » et de «rethoricque, B.N.F., ms. fr. 1674, f° 1-29.


 

[ 51] Le singe de l’entendement est un ajout moderne.


 

[ 52] Selon la tradition didactique, le toucher est le but et la fin d’amour. Cet « amour delectable» scelon le sens du tast ou du touchier et ceste est ordenee de nature pour la continuacion de nostre espece come dit est […] et pour ce est elle aussi et doit de son droit estre naturelle amour appellee, pour ce que elle est commune non mie seulement a humaine nature maiz a toutes bestes qui ont masle ou femelle ordonés de nature. Le livre des eschez amoureux moralisés, f° 159, p. 539.


 

[ 53] Ces friandises, de forme ronde et blanche ressemblent à des perles; s’agit-il de ces perles précieuses dont parle Mt, 13, 46, qu’on peut acquérir en vendant tout son bien et qui figurent le Royaume des cieux et sa vision béatifique (image reprise dans l’Imitation de Jésus Christ, p. 233).


 

[ 54] Cette compagnie courtoise est celle notamment des Epitres de l’amant vert de JEAN LEMAIRE DE BELGES, éd. J. FRAPPIER, Genève, 1948. Le thème en est à la mode à la fin du XVe siècle et fait l’objet de nombreuses représentations: tapisserie du Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg : inv. 1900, 108, Weltflucht einer jungen Dame, B.N.F., ms. Arsenal 5066, f° 110.


 

[ 55] C. NORDENFALK, Les cinq sens dans l’art au Moyen Âge, Revue de l’Art, t. 34, 1976, p.17-28 ; ID., Qui a commandé les tapisseries dites de «la dame à la licorne», Revue de l’Art, t. 55, 1982 p.53-56.


 

[ 56] L’orgue servie d’amour: cf. illustr. dans NORDENFALK, Op. cit., p. 53, fig. 2. Musique aidée de mémoire : cf. FICIN, Théologie platonicienne, p.184 s. Sur le rapport musica humana, musica divina: P.O. KRISTELLER, Music and learning in the early Italian Renaissance, Studies in Renaissance Thought and Letters, Rome, 1956, p.451-470 ; W.R. BOWEN, Ficino’s analysis of musical harmonia, Ficino and Renaissance Neoplatonism, Ottawa, 1986, p.17-27. Cette musique céleste n’est pas chose sensible ne reele, ainz es tant seulement chose intellectuelle et chose qui ne peut estre comprise fors de l’entendement. Le livre des eschez amoureux moralisés, f° 64 v°, p.161.


 

[ 57] Cf. Le discours d’«entendement» et « raison», B.N.F., ms. fr. 1191, manuscrit ayant appartenu à Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg.


 

[ 58] Les études d’A. Chastel et plus récemment celles de P.O. Kristeller ont mis en évidence une réalité complexe, où la pensée de l’esthétique, comme captive d’elle-même, semble parfois détachée de l’œuvre et de l’artiste : A. CHASTEL, Marsile Ficin et l’art, réed. Paris, 1996, préf. J. WIRTH et p. 27-45; KRISTELLER, The philosophy of Marsilio Ficino, p.350 s. Il arrive aussi qu’elle reçoive ses plus belles expressions, ainsi dans le palais ducal d’Urbino: voir l’étude de M.G. PERNIS, Le platonisme de Marsile Ficin et la cour d’Urbin, trad. fr. F. ROUDAUT, Genève, 1997.


 

[ 59] Le thème des cinq sens fit l’objet d’une «nef des folles» imprimée à Paris vers 1498, par Petit Laurens pour G. de Marnef. La nef des folles selon les cinq sens de nature composés selon l’Evangille de monseigneur saint Mathieu des cinq vierges qui ne prindrent point d’uylle avecques eulx por mectre en leurs lampes, trad. J. DROUYN, Paris, s.d. [ca 1498]. Le thème des cinq sens était alors à la mode, de même que celui de la nef, image du corps politique ou social, mais aussi du corps humain et de son gouvernement. On sait que S. Champier composa en 1502 une Nef des princes qu’il dédia à Robert de Balsac, oncle de Geoffoy de Balsac, lequel avait épousé Claude Le Viste, fille de Jean IV Le Viste.


 

[ 60] J.P. BOUDET, La dame à la licorne, s.l.n.d., récemment repris dans Religion et société urbaine au Moyen Âge. Études offertes à J.L. Biget, éd. P. BOUCHERON et J. CHIFFOLEAU, Paris, 2000, p.551-562.


 

[ 61] Éd. R. BOSSUAT, Jean Gerson et la moralité du cœur et des cinq sens, Mélanges de philologie romane et de littérature offerts à E. Hoepffner, Paris, 1949, p. 347-360.


 

[ 62] Il s’agit des trois sermons du troisième et quatrième dimanche de l’Avent 1402 et du mercredi après Laetare, voir BOSSUAT, Op.cit., p.353 et n. 3


 

[ 63] Éd. H. STEIN, Olivier de la Marche, historien, poète et diplomate bourguignon, Bruxelles-Paris, 1888, p.227.


 

[ 64] Nous ne saurions souscrire à l’affirmation de l’auteur concernant l’ambivalence « érotique» (sic) de la licorne, cette approche moderne nous paraissant hors du propos du temps.

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